La structure agricole de la France traverse une crise profonde, marquée par la diminution constante du nombre d’exploitations et d’agriculteurs. Cette dynamique, révélée par des statistiques préoccupantes, menace non seulement le paysage rural, mais aussi la souveraineté alimentaire du pays. Un déclin de 20 % des exploitations agricoles a été observé en dix ans, passant de 489 000 à 389 000 fermes. Ce phénomène participe à la transformation durable des campagnes françaises aujourd’hui confrontées aux défis de la financiarisation et de la concentration des terres agricoles.
En quelques points :
- 40 000 petites fermes ont disparu en trois ans, principalement absorbées par de plus grandes exploitations.
- En 2023, la France comptait seulement 349 600 exploitations contre 390 000 trois ans plus tôt.
- 25 % des agriculteurs ont plus de 60 ans, ce qui accentue le problème générationnel.
- La spécialisation des territoires en élevage intensif s’accroit dans certaines régions comme la Bretagne.
- La diversification et l’installation de jeunes agriculteurs sont des enjeux primordiaux pour contrecarrer ce déclin.
Comprendre les causes du déclin agricole en France
Le déclin de l’agriculture en France est fortement alimenté par un manque de renouvellement générationnel. En effet, avec un quart des agriculteurs âgés de plus de 60 ans, le renouvellement est insuffisant pour compenser les nombreux départs à la retraite. Selon le Ministère de l’Agriculture, la perte annuelle enregistrée est de 7 000 exploitations, ce qui contraint les jeunes agriculteurs à affronter un marché foncier de plus en plus tendu. Le phénomène de concentration et de financiarisation des terres aggrave cette situation.
La spécialisation des régions dans certaines cultures ou types d’élevage comme l’élevage intensif en Bretagne contribue également à la disparition des petites exploitations, lesquelles peinent à rivaliser. Les grandes exploitations hors micro réalisent 91 % de la production brute standard, laissant peu de place aux plus petites structures qui constituaient historiquement le tissu rural français.
Un tableau synthétique peut aider à visualiser cette évolution :
| Année | Nombre d’exploitations | Part des exploitations petites |
|---|---|---|
| 2000 | 665 000 | 30% |
| 2010 | 489 000 | 25% |
| 2020 | 389 000 | 20% |
| 2023 | 349 600 | 15% |
Ainsi, on observe que la part des petites exploitations diminue plus vite que le nombre total d’exploitations, ce qui menace l’équilibre rural en France. Les solutions doivent être envisagées sous différents angles pour inverser la tendance, notamment via une politique agricole qui favorise l’installation des nouveaux paysans.

Les défis économiques des agriculteurs français
Face aux défis structurels, les agriculteurs français se heurtent également à une conjoncture économique difficile. La pression sur les prix des produits agricoles, conjuguée à une chaîne de valeur où les producteurs perçoivent une faible proportion des bénéfices, ébranle leur viabilité économique. De plus, les coûts de production ont dramatiquement augmenté, entraînant une marge trop réduite pour de nombreux exploitants.
Le soutien des institutions, comme la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, se fait crucial. Ces organisations militent pour que les politiques nationales ajustent les lois pour alléger les contraintes économiques pesant sur les agriculteurs. Une politique agricole commune (PAC) révisée est nécessaire pour redonner du souffle à ces exploitants, avec des subventions incitant à la durabilité et à l’installation de jeunes agriculteurs.
Les petites exploitations affrontent diverses contraintes :
- Concurrence déloyale des grandes structures et des imports moins chers.
- Accès limité au foncier agricole faute de moyens financiers suffisants.
- Fiabilité faible des revenus en raison des aléas climatiques et des marchés.
- Investissements coûteux en matériel et technologies modernes.
En pratique, les régions doivent se mobiliser et encourager des projets porteurs tels que la diversification des cultures, la production bio, et l’intégration de circuits courts, autant d’éléments pour dessiner un avenir plus pérenne pour ce secteur vital.
L’impact de la diminution des exploitations agricoles en France ne se limite pas aux sphères économiques et démographiques. Cette évolution a aussi des répercussions environnementales et sociales significatives. La disparition progressive des petites et moyennes entreprises agricoles contribue à une perte de biodiversité due à l’expansion des monocultures et des élevages intensifs.
Les pertes environnementales s’illustrent par la réduction de 36 % de la population d’oiseaux dans les milieux agricoles depuis 1989, selon une étude de l’INSEE. En outre, la diminution des prairies de 11 % depuis 1990 témoigne de l’impact environnemental du recul de l’agriculture paysanne. Ces tendances renforcent les inquiétudes concernant la gestion de l’eau et les risques climatiques menaçant la pérennité des ressources agricoles.
Sur le plan social, la concentration des terres entraîne une dévitalisation des zones rurales. Des villages autrefois animés voient leur population et services diminuer, ce qui modifie le tissu social et isole davantage les communautés. La préservation des petites exploitations s’avère essentielle pour maintenir une diversité sociale et culturelle dans les territoires ruraux.
- Chute de la biodiversité dans les milieux agricoles
- Risque accru de désertification des espaces ruraux
- Dépendance accrue à l’importation alimentaire
- Perte d’emplois locaux
Solutions pour redynamiser l’agriculture française
Le déclin agricole en France appelle à une réorientation stratégique globale afin de revitaliser le secteur. La loi Duplomb, à titre d’exemple, vise à simplifier certaines contraintes qui pèsent lourdement sur les exploitants. Toutefois, la complexité de la situation nécessite un panel de mesures ciblées.
Parmi les solutions, l’encouragement à l’installation des jeunes agriculteurs via des aides et formations adaptées s’avère inévitable. Le mouvement Terre de Liens œuvre déjà dans ce sens en facilitant l’accès au foncier pour les nouveaux exploitants partout en France. En parallèle, développer les circuits courts et la production locale pourrait structurer une économie circulaire avantageuse pour les producteurs et les consommateurs.
Une plus grande coopération entre les entités régionales et nationales pour créer des réseaux de soutien et d’accompagnement peut donner des outils efficaces pour relancer la vocation agricole. Au niveau environnemental, promouvoir des pratiques agricoles durables et respectueuses de la biodiversité est également une voie prometteuse.
- Promouvoir la formation et l’installation des jeunes agriculteurs
- Favoriser l’agroécologie et la production bio
- Encourager les partenariats et les réseaux coopératifs
- Étendre les initiatives visant à simplifier l’accès aux terres agricoles
- Renforcer l’autosuffisance alimentaire en privilégiant le local
Seule une approche intégrée tenant compte des dimensions économiques, sociales et environnementales peut redonner un élan durable au modèle agricole français.
Quelle est la cause principale du déclin agricole en France ?
Le déclin agricole est principalement dû au manque de renouvellement générationnel et à la concentration des terres entre les mains des grandes exploitations.
Comment les régions peuvent-elles aider les agriculteurs ?
Les régions peuvent soutenir les agriculteurs en développant des politiques incitant à la diversification des cultures, à l’installation de jeunes exploitants et à l’adoption de pratiques durables.
Le déclin agricole affecte-t-il la biodiversité ?
Oui, la diminution des exploitations agricoles contribue à la perte de biodiversité, notamment en raison de l’extension des monocultures et des élevages intensifs.
Quelles mesures peuvent freiner la disparition des exploitations ?
Instauration de politiques agricoles favorables, simplification de l’accès au foncier pour les jeunes, et soutien à la production locale sont des mesures cruciales.
Qu’est-ce que la loi Duplomb et quelles sont ses implications ?
La loi Duplomb cherche à lever certaines contraintes pour les agriculteurs, rendant les processus administratifs plus fluides et les aides plus accessibles.
Axes complémentaires pour restaurer la vitalité des territoires agricoles
Au-delà des mesures déjà évoquées, il convient dintégrer des approches fondées sur la résilience territoriale et la multifonctionnalité des exploitations. Des pratiques comme l’agroforesterie et la permaculture favorisent la séquestration du carbone, la régulation hydrique et la richesse des sols, tout en offrant des sources de revenus diversifiées (bois, fruits, services écosystémiques). Le développement du maraîchage de proximité et des ateliers de transformation permet de créer de la valeur ajoutée locale : petites unités de transformation, conserveries paysannes ou ateliers de conditionnement réduisent la dépendance aux marchés lointains et améliorent la traçabilité des produits. La mise en place de mécanismes de péréquation foncière et de fonds locaux d’investissement peut faciliter l’accès au foncier pour des projets de taille humaine, et encourager des modèles coopératifs de mutualisation du matériel et des infrastructures agricoles.
Pour consolider ces dynamiques, il est utile d’encourager des politiques d’aménagement favorisant la reconquête des friches agricoles par des projets agroécologiques et des initiatives de tourisme rural ou d’animation paysanne qui renforcent l’ancrage social. Les dispositifs d’accompagnement devront intégrer la formation continue, l’appui à la transformation alimentaire et des outils de valorisation (labels locaux, contrats territoriaux) afin d’obtenir des prix rémunérateurs pour les producteurs. Enfin, la diversification des revenus via des activités non agricoles complémentaires (artisanat, accueil à la ferme, circuits de transformation) contribue à stabiliser les exploitations et à limiter l’exode rural. Pour approfondir les dynamiques de long terme et mieux orienter les politiques publiques, voir aussi comprendre la baisse du nombre d’agriculteurs, qui propose des clés pour adapter les stratégies territoriales.

